Histoires de coing
This is the story of a type of fruit unknown to many, it is called QUINCE and is of the family of the rose tree although it looks a lot like a pear. It smell delicious and tastes great too, like rose. But it cannot be eaten raw and has to be cooked to make jam, gelly or candy. Wherever I have lived in the world, I have always tried to look for this piece of fruit that reminds me of my granny, my region and my youth. It is a story of handing down tradition from my grand-mother and grand-father to me.
Coing: n. m. fruit du cognassier. Piriforme et volumineux il est cotonneux en surface et, à maturité, est jaune et très odorant. Tout comme les nèfles, les coings crus ne se consomment qu’après blètissement. On utilise généralement les fruits mûrs pour confectionner des gelées, des confitures, des pâtes de fruits ou des gâteaux. Les coings pelés peuvent également être rôtis au four. Enfin, le coing peut être distillé et l’on en obtient ainsi une liqueur. Dans l’Europe de l’Est le coing est utilisé, presque exclusivement, comme légume, dont on fait une soupe d’hiver.
C’est un fruit que j’affectionne tout particulièrement. Voilà pourquoi.
Mon grand-père maternel qui nous a quitté après une longue maladie quand j’avais 16 ans était un génie de la cuisine, curieux de tout. Je ne l’ai pas bien connu mais l’image de lui qui m’a été transmise est celle d’un homme qui “savait tout faire”, le jardinage, la cuisine, les patisseries, le bricolage. Ainsi avait-il planté toute sorte d’espèces de fruits et légumes dans le jardin, un vrai paradis pour l’enfant que j’étais. Dédale de buissons, groseilles, groseilles à maquerau, framboises rouges et jaunes, cerisiers, pommiers, pruniers, fraisiers et là au coin du garage, éseulé, un cognassier. A partir de ces fruits inabituels mais délicieusement parfumés, il confectionnait déjà gelées et confitures. Un coing mur dégage un exquis parfum de rose et curieusement sa surface arbore un fin duvet blanc. Un coing c’est aussi une saison particulièrement riche en odeurs.
Mais c’est ma grand-mère qui m’en a donné la recette quelques années plus tard. La première entreprise de confiture de coing fut douloureuse, le coing étant un fruit extrèmement dur, la meilleur manière d’en faire des tranches fines pour le confir est encore de le raper à la main. Je m’en suis écorchée les doigts au sang! Cela ne m’a pas empeché chaque année depuis quand j’étais en Alsace de visiter ma grand-mère pour aller glaner les coings dans son jardin.
Et puis j’ai déménagé vers un autre continent, un océan m’a alors séparé des coings de ma grand-mère. Les années passent. Un hiver avant Noel, nous sommes allés acheter notre sapin chez un marchand d’Iowa City. Et là, parmi les fruits et légumes, que vois-je ?? De magnifiques coings dans toutes leurs beautés! Je m’approche, en saisis un et le porte à mon nez. Madeleine de Proust. La senteur me projète vers un monde, mon enfance, mes racines lointaines par delà l’Océan. Nostalgie mélancholique. J’en achète un et reconfectionne la confiture et la gelée dans ma cuisine américaine. Pure plaisir.
J’en parle dans mon entourage, le montre, raconte son histoire et ses origines. Meme mon ami biologiste ne connait pas ce fruit mystérieux. L’année suivante je retourne chez le marchand de sapins mais hélas plus de coing cette année là. Ils faudrait en commander depuis la Californie mais la demande ne le justifie pas. Une autre année passe et j’accompagne Kaspar à San Fransisco pour son travail au mois d’ octobre. Ha, c’est la bonne saison, je vais en profiter pour chercher des coings… Meme sur le marché renommé de la halle des pecheurs, endroit bobo qui n’est pas à la hauteur de sa réputation, pas de coing! Alors au détour d’une rue, à travers la vitre d’un supermarché je les vois sur l’étalage! L’objet de ma quete est là!
Maintenant, quand je rentre en Alsace, je vois des cognassiers partout, au bord de la route, dans les vergers meme lors d’une visite au centre de l’école Rudolph Steiner en Suisse! A Oslo, je suis contente car grace aux épiceries turques, le coing fait de nouveau partie de ma cuisine en automne. Ce fruit reste le symbol de mon attachement à la terre que j’ai quitté voilà dix ans, ses traditions, ses couleurs et ses saveurs, à mon enfance et à mon grand-père qui doit sourire en me voyant faire ma confiture de coing dans ma cuisine.



